Le projet

Une épopée-western-contée pour remettre en questions notre place dans le monde.

L’idée d’un western sur scène est née alors qu’Achille Grimaud et François Lavallée étaient en pleine tournée du spectacle Le Cabaret de l’Impossible (un récit de voyage entre un québécois, un réunionnais et un breton) ; simple jeu au départ, cette idée s’est peu à peu nourrie de leurs mots, et de leurs univers jusqu’à devenir une évidence. Le temps de reprendre leurs esprits après deux années de tournées du Québec à la Réunion, en passant par la Roumanie, et de réaliser que l’envie de travailler ensemble était toujours présente, Achille et François ont entamé, en 2015, l’écriture d’un western, comme un conte, une histoire hors du commun.
S’en sont suivis de longues conversations et de nombreux échanges sur ce qu’était pour eux le Grand Ouest. Reste que pour François, québécois et en prise directe avec un territoire qui portent aujourd’hui encore l’histoire de cette conquête (notamment à travers la question des natifs), et pour Achille, nourri d’imaginaire cinématographique et plus particulièrement de celui des Westerns italiens des années 60, les grands plaines américaines ne disaient pas tout à fait la même chose…
Pourtant l’un et l’autre  transposaient parfaitement leur réalité dans ce monde âpre du Western :  différences, conscience d’une distance à parcourir pour aller à la rencontre de l’autre ou de soi-même, et quête si propre au conte. Deux mondes en mouvement celui des pionniers, du train et des poteaux télégraphiques, et celui de nos contemporains, des flux d’informations et des réseaux de fibre optique.
Du télégraphe à l’internet, du train postal aux courriers électroniques, se joue la même envie d’aller de l’avant, d’aller plus vite, de communiquer mieux.
Des convois de pionniers aux nouveaux médias de transmissions, tout renvoie toujours au chemin, tout indique une destination.

Dénicher de l’or, se chercher un destin, où se trouver soi-même : les contes regorgent de ces figures qui entrent en quête sans forcément savoir où tout cela les mènera. C’est sur ce postulat que les deux personnages, et avatars des deux conteurs, vont vivre leur aventure. Le conte prend alors corps dans les temps sans âge de la conquête de l’ouest et des chercheurs d’or. Le western s’impose comme par magie aux deux protagonistes. Quelque part entre Candide et Il était une fois la révolution, nos personnages vont devoir trouver leur voie.
À la manière du genre revisité par le cinéma italien, il s’agit de placer le Western comme un filtre révolutionnaire pour donner à voir, non sans décalage et non sans humour, un monde où la liberté n’a plus le même visage. Des grands espaces aux villes contemporaines, des chevaux aux vélos, des santiags aux baskets… comment fait-on aujourd’hui l’expérience de la liberté.

Une envie de raconter à deux la même histoire. Deux voix pour donner du relief à une seule histoire. Deux voix pour mieux plonger dans un même univers. Ce sont ainsi deux écritures complémentaires qui vont se répondre. L’une ciselée, viscérale pour camper les personnages et installer l’illusion du réel. Et l’autre poétique et romancée pour mieux dessiner le paysage de cette histoire.
La mécanique du récit les conduira à endosser tour à tour le rôle du narrateur ou celui d’un personnage, à passer d’une figure à l’autre, mais dans un jeu d’échange qui rompt avec l’isolement du conteur sur le plateau. Le format de récit dialogué les engage l’un par rapport à l’autre. L’écriture de cette mécanique nécessitera un passage par le plateau sous l’œil exercé du dramaturge André Lemelin. Le cadre ainsi posé, la venue d’Alberto Garcia Sanchez dans l’espace de cette création est devenue une évidence pour Achille et François. Alberto est de ceux qui conduisent le récit de la narration à l’incarnation délicatement, imperceptiblement : une qualité précieuse pour des conteurs qui cherchent à donner corps à une histoire conçue comme un scénario de cinéma.

Est enfin apparu aux deux comparses que ce télescopage des univers réel et fictif, ancien et contemporain, devait prendre corps sur scène autrement que par nos seules voix.
Parce qu’au cœur de cette proposition est posée la question de la progression et du progrès, ne pas inviter d’autres formes nouvelles de création reviendrait à couper court à la discussion, à s’arrêter en chemin. Or, il n’est pas question de rompre avec ce mouvement vers l’avant, mais plutôt de prendre le temps de le considérer. Plutôt que d’enterrer définitivement toutes formes de connectivité et d’expression numérique et multimédia, les faire coïncider, les mettre au service du conte, semblait plus juste.

Ainsi sont nées l’idée, puis l’envie, de faire appel à des créateurs du champ des arts numériques; de leur confier la création de l’univers visuel du spectacle, afin qu’ils créent un environnement sensoriel et suggestif.
Le dispositif scénique imaginé aujourd’hui est épuré, se met au service du récit sans entamer l’imaginaire porté par les mots. Il aménage des espaces de sensations, donne corps à des impressions et créer une distance avec le réel.
À l’articulation du conte, du cinéma et des arts numériques, Western présente un processus de création ambitieux, de nouvelles rencontres entre les disciplines, de nouveaux champs d’investigation. C’est un projet ambitieux qui ne concède rien à la facilité, qui s’éloigne du confort des habitudes. Western est une création originale qui se vit comme une aventure.